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    Environnement médiatique au Gabon : Le chemin de croix de la presse

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    La presse écrite, en particulier, vit aujourd’hui un véritable sacerdoce. Outre les difficultés inhérentes à l’exercice du métier et les pressions exercées sur les professionnels, la question financière devient de plus en plus précaire. Plus globalement, le journaliste se heurte constamment à un dialogue de sourds et à des préjugés tenaces.

    Depuis l’avènement des réseaux sociaux et la prolifération de la distribution illégale des journaux en ligne, éditer un titre et vivre de cette profession relève du défi permanent. Alors que les ventes s’effondrent, couvrir les frais d’impression et les charges des rédactions demeure une gageure pour ceux qui s’engagent encore pour la pérennité du métier.

    Loin d’être une sinécure, la régularité des parutions relève de la résilience, voire un acte citoyen. Une visite dans les kiosques suffit à démontrer que peu de titres paraissent régulièrement aujourd’hui.

    La cause immédiate est flagrante : pour un tirage de cinq mille exemplaires, ce sont plus de cent mille lecteurs qui en bénéficient par le biais de la distribution irrégulière de fichiers PDF sur les réseaux sociaux. Ce manque à gagner colossal est, dès lors, impossible à combler.

    Le ministre de la Communication et des Médias, Germain Bihadjow, qui a la lourde charge de valoriser son secteur, devrait se pencher, avec ses équipes, sur la problématique de cette distribution parallèle. Il doit également faire face au phénomène récurrent des arrestations tous azimuts de journalistes dans l’exercice de leurs fonctions.

    Environnement médiatique au Gabon : Le chemin de croix de la presse

    Retrouvé la liberté que grâce à l’intervention courageuse du président de la HAC

    Deux cas récents et largement médiatisés illustrent cette entrave : l’arrestation, en octobre 2025, du directeur de publication du média en ligne Gabon Media Time, appréhendé à sa descente d’avion par les forces de l’ordre et incarcéré à la prison de Gros-Bouquet ; et celle récente de son confrère Roland Olouba Oyabi, directeur de publication de Gabon Mail Infos, interpellé le 15 janvier dernier par les services du B2.

    Roland Olouba Oyabi n’a retrouvé la liberté que grâce à l’intervention courageuse du président de la Haute autorité de la communication (HAC), Germain Ngoyo Moussavou, dont l’équipe a réussi à extraire le journaliste des geôles du service de renseignement militaire.

    Ces interpellations démontrent avec quelle légèreté les lois de la République sont parfois foulées aux pieds.

     Si le cadre législatif gabonais semble adéquat, son application pose problème. En effet, nul n’ignore que la dépénalisation des délits de presse est effective au Gabon depuis le 11 août 2015. Le texte de base stipule : « Cette ordonnance, portant principalement sur la dépénalisation des délits de presse, prend en compte les médias en ligne et l’identification des différents acteurs de la communication. L’objectif déclaré était alors de doter le pays d’un cadre juridique moderne, aligné sur les standards internationaux. »

    Déjà, au sortir de la Conférence nationale de 1990, le Conseil national de la communication (CNC) avait été mis en place en 1991 pour réguler les médias et veiller au pluralisme, à l’éthique et à l’accès équitable à l’information. En 2018, la HAC a succédé au CNC. En tant qu’autorité administrative indépendante, elle est l’interface entre les professionnels et le public, garante de la liberté de la presse et de la déontologie.

    Restaurer l’État de droit

    En toute logique, la HAC devrait être la seule institution saisie en cas de litige concernant une publication. Mais, comme le disait Pierre-Claver Maganga Moussavou : « Au Gabon, les lois sont très bien faites, mais il se trouve toujours des personnes pour s’asseoir dessus. » Une réalité qui devrait être bannie sous la Ve République, si tant est que le « coup de libération » vise à restaurer l’État de droit.

    Malgré toutes ces dispositions légales, un phénomène demeure récurrent : la traque des journalistes jusque dans leurs rédactions. Alors qu’il est un principe fondamental que le journaliste doit protéger ses sources, les forces de l’ordre s’autorisent à fouiller les bureaux et les véhicules professionnels à la recherche de l’origine de l’information. Même les téléphones portables, objets strictement personnels protégés par le secret de la correspondance, sont soumis au diktat des agents. L’organisation d’un colloque sur les droits et devoirs des acteurs de la presse devient une urgence que la HAC doit envisager, pour que chaque partie s’en tienne à ses obligations.

    Un tel cadre permettrait de définir clairement les responsabilités des et des autres, afin que chaque partie — qu’il s’agisse des professionnels des médias ou des forces de sécurité — s’en tienne strictement à ses obligations légales et déontologiques.

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