AccueilArts & CultureLittératureHarold Leckat Igassela sous le regard d’Odome Angone : une lecture qui dépasse le simple commentaire

Harold Leckat Igassela sous le regard d’Odome Angone : une lecture qui dépasse le simple commentaire

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À Ottawa, au Canada, le 4 octobre 2026, alors que le jour se levait à peine, Madame Odome Angone achevait la lecture d’Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle, l’ouvrage de Harold Leckat Igassela présenté la veille à Paris. Sa réaction, publiée sur sa page Facebook, dépasse le simple compte rendu de lecture. Elle propose une lecture personnelle, documentée et exigeante d’un livre qu’elle considère comme un témoignage sur les réalités de l’entrepreneuriat au Gabon.

Un livre lu comme une expérience de terrain

Dès les premières lignes, Odome Angone donne le ton. Pour elle, « l’image de la première de couverture dit tout : entreprendre au Gabon, c’est rouler éternellement sa bosse, à l’image de Sisyphe ». Commandé sur Amazon, le livre reçu la veille devait pourtant être lu en une seule journée. L’exercice s’est transformé en lecture nocturne : « je me suis levée à 3 h pour continuer la lecture de ce joyau ».

Sa première recommandation est sans détour. Si elle travaillait au sein du ministère chargé de l’entrepreneuriat, elle ferait lire l’ouvrage à tous les agents et proposerait l’auteur comme consultant du cabinet ministériel. Et si elle devait elle-même entreprendre au Gabon « sans réseau ni capital relationnel », elle en ferait « mon livre de chevet et de l’auteur mon coach ».

Une parole qui s’appuie sur des faits

Pourquoi une telle considération ? Odome Angone avance un argument central : Harold Leckat Igassela parlerait à partir de l’expérience. « Lui, il sait de quoi il parle », écrit-elle, avant de souligner qu’il « donne des noms », « documente ses sources » et évoque « des faits que l’on peut vérifier, des procès que l’on peut attester, des événements que l’on peut situer dans le temps ».

Elle relève également la dimension concrète du récit, allant jusqu’à reconnaître dans ses pages « mon frère et collègue de Malinga ». À ses yeux, l’ouvrage constitue ainsi « un rapport de terrain sans complaisance, sans arbitraire et sans esprit de vengeance » sur les angles morts de l’entrepreneuriat au Gabon, avec le secteur de la communication comme cas pratique, à travers l’évolution professionnelle de Gabon Media Time, dont Harold Leckat Igassela est le gérant.

L’autobiographie comme preuve du réel

Pour la lectrice, le choix autobiographique n’est pas un simple procédé narratif. Il permet à l’auteur d’ancrer son propos dans une trajectoire professionnelle et personnelle qui donne une légitimité à sa voix. Elle estime que cette « minutie factuelle » permet au texte de résister au piège de la domestication de la « dissidence ».

Odome Angone voit également dans le livre une réflexion sur des violences institutionnelles difficiles à nommer parce qu’elles ne sont pas toujours visibles. Elle dit avoir particulièrement apprécié que l’auteur aborde « des formes de violences que l’on ne nomme jamais, parce qu’elles sont intangibles or leur poids psychologique consume nos corps ».

De la charge mentale à la « politique de l’usure »

Son analyse élargit alors le propos. La charge mentale de l’entrepreneur, relevée dans le livre, lui paraît pouvoir être rapprochée d’autres expériences quotidiennes : le droit à l’eau, à l’électricité, à Internet, et plus largement « la charge mentale qui induit le simple droit de respirer, de vivre, d’exister ».

Elle dénonce, dans cette perspective, un abaissement des exigences collectives : « Au Gabon, on a tellement mis nos exigences au rabais que tout acte qui relève du ba-ba de l’évidence propre au minimum vital est perçu comme une offre providentielle que l’on devrait remercier. »

Pour elle, le récit individuel pourrait même devenir mémoire collective. « Si chaque Gabonais consignait son expérience dans un ouvrage pour la postérité, on aurait collectivement produit des Mémoires Nationales », écrit-elle, voyant dans l’écriture du vécu une « véritable démarche de justice épistémique ».

La chair face au système

C’est sans doute dans cette partie que son analyse prend sa dimension la plus personnelle. Elle estime que l’auteur, qu’elle ne connaît pas personnellement, conserve une forme de « naïveté candide », celle de croire qu’il est possible de réussir « par la seule force du travail bien fait ». Loin de lui reprocher cette disposition, elle s’en réjouit : « la naïveté donne des ailes et nous pousse à forcer des portes qui n’ont pas été faites pour une certaine catégorie de personnes ».

Elle rapproche ensuite la « brimade institutionnelle » de ce que l’auteur nomme également « la politique de l’usure ». Elle y voit « la micro-physique du pouvoir en action », notamment à travers « ces tentatives invisibles et bureaucratiques de discipliner les corps et d’étouffer les initiatives indépendantes pour imposer la dépendance au réseau du “bon grand” ».

D’où sa référence à la « phénoménologie fanonienne ». Injustice, arrestation, attente administrative, dossier qui traîne, relances répétées : dans chacune de ces situations, écrit-elle, « c’est le corps qui encaisse », « c’est le corps qui subit », « c’est le corps qui endure ». Les pages du livre et l’écran du média deviennent alors, selon elle, « une ascèse où la vulnérabilité face au système se métamorphose en une base de données pour que nul n’en ignore ».

Comprendre plutôt que juger

Madame Odome Angone refuse enfin de transformer sa lecture en commentaire littéraire classique. Elle explique qu’elle ne souhaite pas juger la forme, ni publier des extraits, précisément pour pousser les lecteurs à découvrir eux-mêmes l’ouvrage.

Son positionnement est clair : « ce livre coche la dernière case, celle qui vise à comprendre ce qu’il s’est passé ». Une démarche qu’elle assume à partir de son propre « lieu d’énonciation », sans prétendre épuiser le sens du livre.

C’est là que réside la portée de sa réaction. Elle ne se contente ni d’encenser Harold Leckat Igassela ni de formuler une critique superficielle : elle confronte le récit à des questions plus vastes, en relève les faits, les concepts, les implications et les zones de résonance avec la société gabonaise. Et, surtout, elle invite chacun à faire l’expérience par lui-même.

À l’heure où les livres sont parfois commentés sans être lus, son geste paraît presque militant dans sa simplicité : acheter, lire, réfléchir, analyser, puis laisser les autres se faire leur propre opinion. « Merci d’avoir écrit ce livre », conclut-elle. Une formule sobre, mais qui, venant d’une lectrice ayant consacré une partie de sa nuit à comprendre l’ouvrage, donne à cette lecture un relief particulier.

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