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Sénégal : Sadio Mané investit dans son pays, acte d’une vraie star

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Il y a des footballeurs qui quittent leur village avec un ballon et reviennent avec des souvenirs. Et puis il y a ceux qui reviennent avec des écoles, un hôpital et, désormais, une ambition industrielle. Sadio Mané appartient à cette deuxième catégorie. L’enfant de Bambali devenu une star mondiale n’a pas oublié d’où il vient.

À Bambali, son village natal, Sadio Mané ne s’est pas contenté de donner, il a construit, il a financé dans son village natal un lycée, un hôpital, une mosquée, un bureau de poste et une station-service. Il a aussi soutenu des familles. En 2018, il avait engagé plus de 153 millions de FCFA pour un lycée de 17 classes. L’hôpital dessert Bambali et plusieurs villages voisins. Mané transforme ainsi une partie de sa réussite personnelle en patrimoine collectif.

De la charité à l’investissement : Mané veut maintenant créer de la richesse

Avec SM10 Agro, le footballeur franchit un nouveau cap. Ce parc agro-industriel destiné à Bambali représente un investissement annoncé de 11 milliards de FCFA par l’APS, et de 11,7 milliards selon la RTS. Il doit transformer la production de mangues, dont une partie est perdue faute de stockage et de transformation suffisants, et ambitionne plus de 1 000 emplois directs.

Pose de la première pierre du projet agricole entre Sadio Mané et les autorités sénégalaises.
Pose de la première pierre du projet agricole entre Sadio Mané et les autorités sénégalaises.

Donner peut soulager ; investir dans la production peut créer des revenus, des emplois et des compétences. Après avoir aidé son village à vivre mieux, Mané veut contribuer à lui permettre de produire davantage. Ne pas seulement accumuler, mais transformer une partie de son succès en activité durable.

Le maillot national n’est pas une caisse : c’est un privilège et un devoir

Cette trajectoire ouvre une réflexion sur les grandes stars africaines. Un footballeur gagne son argent dans les clubs qui l’emploient. Lorsqu’il rejoint sa sélection, il représente son pays et porte ses couleurs. Le maillot national devrait donc être d’abord un honneur, une responsabilité et un privilège.

Le football africain produit désormais des joueurs capables d’accumuler des fortunes considérables. Cette réussite n’est pas une dette envers l’État, mais elle peut devenir une responsabilité envers les communautés dont ces joueurs sont issus. Il ne s’agit pas de remplacer les pouvoirs publics, mais de rappeler qu’une réussite exceptionnelle donne aussi la possibilité d’avoir un impact exceptionnel.

Pierre-Emerick Aubameyang : ne pas juger, mais de s’interroger

Nous ne jugeons pas Pierre-Emerick Aubameyang. Son argent lui appartient et il est parfaitement libre de l’utiliser, de l’investir ou de le transmettre comme il l’entend : rien ne l’oblige à financer une école, un hôpital, une entreprise ou une infrastructure au Gabon, et il serait injuste de transformer cette liberté personnelle en obligation morale, d’autant que le joueur a publiquement évoqué son attachement au Gabon et annoncé, en 2023, son projet de créer une académie de football destinée aux jeunes. Mais la question peut tout de même être posée au nom d’une autre valeur : la solidarité. Lorsqu’un enfant du pays atteint une réussite financière et une notoriété exceptionnelles, son parcours devient une source d’inspiration pour toute une génération ; et lorsqu’il s’agit d’un footballeur qui a porté pendant des années le maillot national, représenté le Gabon sur les plus grandes scènes et bénéficié de l’immense capital affectif que procure ce statut, il devient légitime de s’interroger, sans accusation et sans injonction, sur ce que cette réussite pourrait produire au-delà de la carrière individuelle.

C’est précisément ici que le contraste avec Sadio Mané devient intéressant. Le Sénégalais n’a pas seulement gagné de l’argent grâce au football ; il a choisi d’en convertir une partie en réalisations visibles dans son village. Au Gabon, le débat ne devrait donc pas être réduit à ce qu’Aubameyang doit ou ne doit pas faire : il devrait plutôt ouvrir une réflexion plus large sur la manière dont les grandes fortunes issues du sport peuvent, lorsqu’elles le souhaitent, contribuer au développement de leur pays. Il serait d’ailleurs réducteur d’en faire un procès personnel : la question est ailleurs, au-delà des buts, des primes, des contrats et des trophées — qu’est-ce qu’une immense carrière laisse-t-elle à la collectivité ? Le maillot national n’est pas une caisse et le football n’est pas une dette envers le pays, mais porter les couleurs de sa nation demeure un privilège ; et ce privilège, lorsqu’il rencontre la réussite et la capacité financière, peut aussi devenir une formidable occasion de transmettre. Bambali offre ici un miroir intéressant : le débat porte aussi sur ce que les stars choisissent de redonner à leur pays.

Aux stars africaines : après la réussite, vient le temps de transmettre

Le parcours de Mané adresse un message au football africain. Il existe les trophées, les contrats et les fortunes ; mais aussi les écoles, les hôpitaux et les entreprises qui créent des perspectives. Chacun reste libre de disposer de ses revenus. Mais investir dans son territoire peut produire un effet d’entraînement.

Le véritable trophée

Sadio Mané a gagné des titres sur les pelouses. À Bambali, il tente désormais d’en gagner un autre : celui de la réussite collective. Une coupe finit dans une vitrine ; une école forme, un hôpital soigne et une entreprise produit. C’est peut-être cela, une vraie star : pas seulement quelqu’un qui réussit à sortir de son village, mais quelqu’un qui, après être parti, trouve le moyen de faire avancer son village avec lui.

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