AccueilSportFootballGabon : Le Président Oligui Nguema va-t-il enfin s’attaquer au chantier abandonné du stade Omnisport Omar Bongo ?

Gabon : Le Président Oligui Nguema va-t-il enfin s’attaquer au chantier abandonné du stade Omnisport Omar Bongo ?

Publié le
Ajouter Gabonclic à vos sources préférées
Écouter cet article

Dans son adresse à la nation du 16 août 2026, à la veille de la célébration du 66e anniversaire d’une indépendance encore en quête de ses symboles, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a mis en avant le civisme de la population et l’embellissement de la capitale, Libreville.

Axé sur la consolidation de la souveraineté nationale et une modernisation des institutions qui tarde à se matérialiser dans le quotidien des Gabonais, le chef de l’État a choisi de s’attaquer de front aux crises structurelles, au civisme défaillant et, de manière plus surprenante, à l’esthétique urbaine de Libreville. Mais en pointant du doigt les chantiers inachevés de la capitale, le pouvoir s’est pris à son propre piège, ravivant le spectre du plus grand naufrage infrastructurel du pays : le Stade Omnisport Omar Bongo.

L’ultimatum présidentiel : quand l’État feint l’amnésie

Lors de ce grand oral, Brice Clotaire Oligui Nguema s’est longuement attardé sur ces squelettes de béton et ces chantiers privés à l’abandon qui balafrent la commune de Libreville. Selon la doxa présidentielle, ces verrues architecturales ne se contentent pas de ternir l’image de la capitale, elles constituent de véritables bombes à retardement environnementales et sécuritaires. Pour y remédier, le couperet est tombé : un appel impératif aux propriétaires privés pour qu’ils achèvent leurs ouvrages, sous peine de voir l’État « prendre ses responsabilités ». Derrière cette formule convenue se cache une menace d’expropriation ou de nationalisation forcée, suggérant que la puissance publique pourrait s’accaparer ces ruines pour en achever l’édification.

Faute de gardiennage, les coursives désertes du Stade sont devenues un repaire pour la delinquance, au grand dam des rivériens.
Faute de gardiennage, les coursives désertes du Stade sont devenues un repaire pour la delinquance, au grand dam des rivériens.

Cette sortie musclée a suscité autant d’incompréhension que d’ironie au sein de l’opinion publique. Si l’ambition de rendre à Libreville une attractivité visuelle est louable, la méthode inquiète une partie de la population. Comment le sommet de l’État peut-il exiger des citoyens ordinaires, souvent asphyxiés par la crise économique, qu’ils terminent leurs constructions, alors que la puissance publique s’avère incapable de gérer son propre patrimoine immobilier? C’est ici que l’arroseur se retrouve sardoniquement arrosé, renvoyant le régime face au miroir de ses propres renoncements.

Des dizaines de milliards engloutis : l’art du fiasco national

Car au cœur de Libreville gît un titan de béton à l’agonie. Le Stade Omnisport Omar Bongo, jadis temple mythique du sport et de la culture gabonaise de 46 000 places, est aujourd’hui un monument à la dérive. Décidée en 2008 et lancée en grande pompe en 2009 dans l’optique d’accueillir la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2012), sa réfection est devenue le symbole absolu de l’incompétence administrative et du siphonnage des fonds publics.

Les chiffres donnent le vertige et illustrent l’ampleur du scandale. Au fil des ans, les rallonges budgétaires infructueuses se sont accumulées, à l’instar des 33 milliards de francs CFA pompeusement annoncés sous l’ancien régime pour tenter d’achever les travaux, sans le moindre résultat tangible sur le terrain. Plus de deux décennies d’abandon et des fortunes colossales ont été littéralement englouties dans le vide, sans qu’aucun coup de sifflet final ne vienne délivrer cet ouvrage.

Ce chantier n’est plus une simple infrastructure inachevée : il est le résumé clinique de la faillite des différents ministères des Sports, qui se sont succédés depuis 2008 et aussi les ministères des Travaux Publics, incapables d’assurer le suivi technique de leurs propres projets. Comment les autorités ont-elles pu observer, avec une passivité qui confine à la complicité, ce naufrage technique au vu et au su de tous ? L’indifférence institutionnelle face à ce squelette de béton, situé en plein cœur de la capitale, insulte quotidiennement l’intelligence et le portefeuille des contribuables gabonais.

Une vue exterieur du stade.
Une vue de l’extérieur du stade.

Un sanctuaire du crime et une faillite morale

Aujourd’hui, les conséquences de ce désastre dépassent largement le cadre du simple préjudice esthétique. Le grand stade est devenu une source de calamités multiples.

Un désastre environnemental et sanitaire. Les eaux stagnantes et la végétation sauvage transforment le site en un nid à moustiques et en décharge à ciel ouvert au milieu des habitations.

Un vecteur d’insécurité chronique. Faute de gardiennage et d’éclairage, les coursives désertes se sont muées en repaire pour la criminalité locale, terrorisant les riverains.

Un immense gâchis culturel et sportif. Le Gabon se prive d’une infrastructure centrale, obligeant ses athlètes à l’exil ou à évoluer dans des conditions précaires, tout en asphyxiant l’industrie nationale du spectacle.

Le contraste est saisissant : d’un côté, un discours martial qui tance le citoyen lambda pour trois parpaings de travers, de l’autre, un mutisme institutionnel coupable sur un éléphant blanc public qui défigure la ville.

Malgré de récentes prospections et visites d’inspection menées par des groupes internationaux, les Gabonais attendent des actes concrets et non de nouvelles promesses sans lendemain. Si Brice Clotaire Oligui Nguema veut réellement acter la « rupture » qu’il prône et redorer le blason de la souveraineté gabonaise, c’est par ce chantier emblématique qu’il doit commencer. L’État doit cesser de se défausser et s’attaquer de front à ses propres turpitudes. Rénover et restituer le stade Omar Bongo aux Gabonais ne serait pas seulement une victoire urbanistique ou sportive, ce serait, enfin, le signe d’un État qui assume ses responsabilités avant de faire la leçon aux autres.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_img

Articles similaires