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    Camélia Ntoutoume-Leclercq : « L’éducation doit sortir du cycle des crises répétitives »

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    Ainsi promet, la main sur le cœur, le ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale et de l’Instruction civique. Dans l’entretien ci-après, réalisé dimanche dernier en collaboration avec le journal « La Loupe », Camélia Ntoutoume-Leclercq détaille les engagements fermes pris par le gouvernement concernant : « la régularisation des situations administratives en attente ; l’apurement de certaines primes statutaires telles que les vacations après l’audit ; l’octroi des postes budgétaires ». Alors que plus de 82 % des cours ont repris sur l’ensemble du territoire, selon le ministère, la question demeure : l’école gabonaise est-elle réellement sortie de la zone de turbulences ou simplement engagée dans une accalmie fragile ? Entre promesse d’« aucune année blanche », calendrier réajusté et réforme structurelle annoncée, le gouvernement joue désormais sa crédibilité sur un terrain sensible : celui de l’avenir immédiat de milliers d’élèves, notamment en classes d’examen, et de la stabilité durable de l’école publique.

    Gabonclic.Info : Madame la ministre d’État, après plus d’un mois de grève, quel est le taux exact de reprise des cours au niveau national ?

    Camelia Ntoutoume-Leclercq : à ce jour, le taux de reprise des cours au niveau national est estimé à plus de 82 %, avec des disparités selon les provinces et les établissements. Dans plusieurs académies, la reprise est effective et les enseignements se déroulent normalement. Nous poursuivons un suivi quotidien, afin d’atteindre une reprise totale dans les meilleurs délais.

    Comment expliquez-vous que, dans certaines localités, comme l’Ogooué-Maritime, les enseignants n’aient pas totalement repris ? Qu’est-ce qui coince ?

    Les réalités locales sont parfois spécifiques. Dans certaines zones, notamment dans la province de l’Ogooué-Maritime, des préoccupations liées aux régularisations des situations administratives individuelles subsistent. Nous avons diligenté des missions d’écoute et de dialogue, afin d’apporter des réponses concrètes. Il ne s’agit pas d’un blocage global, mais de situations ciblées en voie de règlement. Le cas, par exemple, des établissements confessionnels, qui ont eu plus de difficultés. Celles-ci aussi liées à une méconnaissance de ce qui est fait pour les enseignants de cet ordre d’enseignement. Il faut se souvenir que le président de la République leur avait accordé 1000 postes budgétaires, en cours de traitement.

    Lors de ma rencontre avec les directeurs des différents ordres d’enseignement, à savoir les catholiques, protestants, Alliance chrétienne et islamique, je leur ai annoncé l’organisation des concours conjoints pour les professeurs d’écoles et des quotas pour les concours des professeurs de l’enseignement général et technique. Il en sera de même pour les concours internes, afin de permettre l’évolution de leur carrière comme Conseiller pédagogique.

    Camélia Ntoutoume-Leclercq : « L’éducation doit sortir du cycle des crises répétitives »
    Camélia Ntoutoume Leclercq (Ministre d’Etat, ministre de l’Education
    nationale et de l’instruction civique)

    Pouvez-vous détailler les engagements budgétaires pris par le gouvernement et donner un calendrier clair d’exécution ?

    Le gouvernement a pris des engagements fermes concernant : la régularisation des situations administratives en attente ; l’apurement de certaines primes statutaires telles que les vacations après l’audit ; l’octroi des postes budgétaires. Un calendrier d’exécution a été arrêté en concertation avec les ministères du Budget et de la Fonction publique, dans le cadre de la commission interministérielle tripartite : les premières opérations sont déjà en cours et s’échelonneront sur les prochains mois, avec une priorité donnée aux situations les plus anciennes. J’ai donné des instructions fermes au comité technique pour que, contrairement à ce qui a été fait par la Solde pour le mois de février, le choix aléatoire des bénéficiaires ne se fasse plus. Nous devons faire, pour les bénévoles, des quotas par province et rattraper le cas de l’Ogooué-Ivindo, qui a particulièrement attiré mon attention. Pour les sortants écoles, tenir compte des disciplines et du classement des palmarès.

    Pour les régularisations des situations administratives, le fichier est détenu par la Fonction publique, et j’ai demandé à ma collègue qu’au-delà de la liste nominative à nous faire parvenir, nous souhaitons connaître l’ancienneté des agents et donner des quotas pour le Primaire, le Secondaire général et le Secondaire technique, afin de toucher tout le monde, et que la liste des bénéficiaires soit validée en commission.

    Nous tenons à présenter nos excuses pour l’inversion intervenue dans le calendrier d’exécution des mesures gouvernementales. En effet, les dispositions initialement prévues pour le mois de février, notamment la prise en compte des 148 sortants des écoles seront finalement exécutés au mois de mars. Pour le mois de février, c’est la programmation initialement prévue pour mars qui a été retenue. Le reste du calendrier demeure inchangé jusqu’à son terme, conformément aux indications communiquées par le directeur de la Solde, au nom du ministre en charge du Budget. Nous veillerons au strict respect de ce nouvel échéancier.

    Quel dispositif concret est prévu pour rattraper le mois de cours perdu ?

    Plusieurs mesures ont été envisagées : réaménagement du calendrier scolaire ; réduction encadrée de certaines périodes de congés ; renforcement des volumes horaires hebdomadaires ; ajustement des périodes d’évaluation. L’objectif est clair : éviter toute année blanche et garantir l’acquisition effective des compétences.

    Camélia Ntoutoume-Leclercq : « L’éducation doit sortir du cycle des crises répétitives »

    Ne craignez-vous pas que cette reprise inégale accentue une école à deux vitesses ?

    C’est une préoccupation légitime. C’est pourquoi, nous veillons à harmoniser les dispositifs de rattrapage, afin d’éviter tout déséquilibre entre établissements publics et privés. L’équité territoriale et sociale demeure une priorité absolue. Toutefois, nous rappelons que les revendications des enseignants sont légitimes, mais ils savent aussi qu’au moment des examens, l’épreuve ne fera pas de distinction si tu es un enfant du Moyen-Ogooué, de la Ngounié ou encore de l’Ogooué-Maritime. L’épreuve est bien nationale.

    Le dialogue avec les syndicats est-il désormais institutionnalisé ?

    Oui ! nous avons toujours prôné la nécessité du dialogue social. N’oublions pas que la grève a été déclenchée alors que j’étais démissionnaire. Depuis le 1er janvier, date de notre confirmation, nous travaillons pour maintenir le dialogue et nous avons reçu toutes les tendances de SOS Éducation, le SENA, le SYTECHPRO et tous les autres partenaires sociaux. La mise en place d’un cadre permanent de concertation est nécessaire et le travail du comité technique suivi-évaluation apprend nos services à être décloisonnés.

    Le dialogue social sur des dossiers transversaux ne doit plus être conjoncturel, ni réactif. Il doit être structuré, régulier et orienté vers la prévention des crises.

    Quelles mesures structurelles sont prévues pour améliorer les conditions de travail ?

    Au-delà des revendications financières, nous avons engagé : un programme de réhabilitation des infrastructures scolaires avec des équipements modernes ; la construction des logements d’astreinte pour les enseignants. Puis, un programme d’accès à la propriété, soit de logements, soit de terrain, est en cours de réflexion ; le renforcement des recrutements se poursuit et nous devons souligner que le chef de l’Etat y attache du prix car, il autorise, à chaque fois, une liste additive ; la modernisation progressive des outils pédagogiques et les premiers manuels gabonais au secondaire avec la collection « Concorde ».

    Ces actions s’inscrivent dans une dynamique impulsée par le président de la République, Son Excellence Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, qui place l’éducation au cœur de la transformation nationale.

    Reconnaissez-vous une part de responsabilité de l’État dans cette crise ?

    Toute crise sociale appelle une introspection collective. L’État assume sa responsabilité dans la nécessité d’améliorer les mécanismes d’anticipation. Mais il faut aussi reconnaître que des contraintes budgétaires structurelles existent. Notre devoir est d’y répondre avec méthode, responsabilité, et en tenant compte de la soutenabilité de la dépense publique.

    Quel accompagnement pour les élèves en classes d’examen ?

    Un plan spécifique est prévu pour les classes de 3e et de Terminale : cours intensifs de renforcement ; mise à disposition de supports pédagogiques complémentaires ; encadrement renforcé dans les établissements ; aménagement technique des examens, si nécessaire. Aucun candidat ne sera abandonné, mais je rappelle que l’épreuve est nationale.

    Camélia Ntoutoume-Leclercq : « L’éducation doit sortir du cycle des crises répétitives »

    Quelle est votre vision pour éviter des grèves prolongées à l’avenir ?

    Nous devons engager une réforme structurelle articulée autour de trois piliers : stabilisation du dialogue social ; programmation budgétaire pluriannuelle sécurisée ; revalorisation nécessaire et progressive de la fonction enseignante.

    L’éducation doit sortir du cycle des crises répétitives, d’autant plus que ce sont nos enfants qui en payent le prix fort. Cette année, beaucoup de nos bacheliers ne pourront pas passer les concours des grandes écoles ou solliciter des inscriptions dans de grandes universités à travers le monde car, le deuxième trimestre se terminera le 28 mars.

    Certains Gabonais estiment que plus de 40 % des ressources devraient être consacrées à l’éducation. Que leur répondez-vous ?

    L’éducation est une priorité stratégique. Toutefois, la gestion de l’État implique un équilibre entre plusieurs secteurs essentiels : santé, sécurité, infrastructures. L’augmentation progressive de la part budgétaire dédiée à l’éducation est un objectif, mais elle doit être soutenable et réaliste. En 2026, l’État a fait déjà un grand pas en lui accordant 10% du budget.

    Vous avez publié un message à l’occasion du mercredi des Cendres. En langage simple, cela renvoie à quoi ?

    Ce message rappelait une vérité simple en cette période de carême, où il nous ait fortement recommandés : la prière, le partage, la pénitence. Au-delà de toute crise, n’oublions pas que nous sommes de simples mortels, la perfection n’est pas de ce monde. Portée par ces 3 P, ma modeste personne cultive l’humilité, la solidarité et le sens du devoir qui guide mes actions. Dans un contexte de tensions, il invite chacun à la responsabilité, à l’apaisement et au dialogue.

    À vous le clavier, Madame la ministre d’État, pour le dernier mot.

    Je veux rassurer les parents, les élèves et les enseignants : il n’y aura pas d’année blanche. L’école gabonaise traverse une période de tension, mais elle se relèvera plus forte. Nous sommes engagés dans une transformation profonde visant à bâtir une école plus stable, plus équitable et plus performante. L’éducation demeure la clé de notre souveraineté et de notre développement. Ensemble, dans la responsabilité et le dialogue, nous réussirons.

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