Alors que Libreville a soif au bord de l’Océan, la visite du Président Oligui Nguema à Abu Dhabi ouvre une perspective audacieuse : transformer l’Atlantique en une source inépuisable d’eau potable en s’inspirant du génie émirati.
Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a entamé le jeudi 5 février 2026 une visite officielle aux Émirats arabes unis, marquée par une rencontre annoncée avec le président Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan. Ce déplacement s’inscrit dans une diplomatie économique assumée, visant à renforcer la coopération bilatérale, attirer des investissements structurants et positionner le Gabon comme un partenaire crédible dans la dynamique économique et technologique impulsée par Abu Dhabi.
« Je viens d’arriver aux Émirats arabes unis, terre d’innovation et de développement fulgurant », a déclaré le chef de l’État, soulignant que cette rencontre « va bien au-delà du protocole » et traduit une volonté commune de bâtir des partenariats durables. Depuis 2023, Libreville et Abu Dhabi ont multiplié les échanges, notamment dans l’énergie, les infrastructures, les mines, le tourisme et les énergies renouvelables, faisant de cette visite une étape logique mais stratégique dans un partenariat en plein essor.
S’inspirer de l’impossible devenu modèle : l’eau comme priorité nationale
Mais au-delà des investissements classiques, cette visite doit surtout servir de laboratoire d’idées. Le Gabon gagnerait à étudier avec rigueur et ambition le modèle émirati en matière d’adduction d’eau et de dessalement. Les Émirats arabes unis, pays désertique par excellence, ont réussi là où la nature semblait hostile : transformer l’eau de mer en eau potable à grande échelle. Aujourd’hui, plus de 90 % de l’eau consommée à Abu Dhabi et Dubaï provient du dessalement, grâce à des usines de pointe combinant technologies thermiques et osmose inverse, alimentées en partie par l’énergie solaire et intégrées à des réseaux de distribution ultra-performants.
Cette réussite repose sur une vision stratégique claire, des investissements massifs, une gouvernance rigoureuse et une anticipation des besoins urbains. Le paradoxe gabonais est frappant : Libreville est baignée par l’océan Atlantique, mais dépend encore largement des eaux de Ntoum, à près de 30 kilomètres, avec des infrastructures vieillissantes, exposées aux pannes et aux pénuries récurrentes. Là où les Émirats ont fait de la mer une ressource vitale, le Gabon continue de la considérer comme un simple décor.
S’inspirer du modèle émirati ne signifie pas copier aveuglément, mais adapter intelligemment. Études de faisabilité, partenariats technologiques, formation des ingénieurs, projets pilotes de dessalement côtier : autant de pistes réalistes pour sécuriser durablement l’approvisionnement en eau potable de Libreville et de ses environs. Dans un contexte de croissance démographique et de changement climatique, l’eau doit devenir un pilier de la coopération Gabon–EAU.
Cette visite à Abu Dhabi ouvre ainsi une promesse bien plus profonde qu’un simple rapprochement diplomatique : celle de transformer une contrainte chronique en opportunité historique. En affirmant porter « la voix et les ambitions du peuple », le président Brice Clotaire Oligui Nguema engage le Gabon à regarder la mer non plus comme une frontière immobile, mais comme une solution stratégique. Ramener des Émirats arabes unis l’expertise technique en matière de dessalement et de potabilisation de l’eau de mer ne signifierait pas seulement attirer des investissements, mais offrir une réponse vitale aux difficultés quotidiennes des Gabonais. Car désormais, l’avenir du Gabon ne se joue plus uniquement dans la profondeur de ses forêts, mais dans sa capacité à maîtriser intelligemment l’océan qui le borde et à en faire un levier de progrès, de dignité et d’espérance collective.

