Victime d’un vol et d’un chantage à la vidéo intime, Minther Ngarba Ognarigui, bien connu sous le pseudonyme de Mannequin Potelé, avait été paradoxalement incarcéré pour « fabrication de supports pornographiques ». Ce 28 janvier, la justice a finalement prononcé la nullité des poursuites, mettant fin à un mois de détention préventive.
Tout commence il y a environ un an, lorsque celui que la toile surnomme « Mannequin Potelé » est victime d’un braquage. Ses agresseurs, ayant mis la main sur des vidéos privées, exigent 500 000 francs CFA pour ne pas les diffuser. Malgré les menaces, le jeune homme refuse de céder. Les maître-chanteurs mettent leur projet à exécution en diffusant les images sur les réseaux sociaux.
Mais au lieu de poursuivre les malfaiteurs, le parquet choisit de s’en prendre à la victime, l’inculpant pour la création de ces supports. Le 31 décembre dernier, il est placé sous mandat de dépôt, une décision perçue par beaucoup comme un procès moral lié à son orientation sexuelle.
Vice de procédure
Face à ce qu’ils considèrent comme une injustice flagrante, Maîtres Anges Kevin Nzigou et Cédric Maguisset se sont saisis du dossier. « Animé par un profond souci de justice, mon confrère, Maître Anges Kevin Nzigou et moi avons accepté gratuitement d’assurer la défense de ce jeune homme », révèle Maître Maguisset. L’avocat n’a pas manqué de fustiger l’absurdité de l’inculpation. « Il est pour le moins troublant qu’une personne victime de vol de téléphone, puis d’un chantage portant sur une rançon de 500.000 FCFA, se retrouve placée sous mandat de dépôt pour une prétendue fabrication de support à caractère pornographique », s’insurge-t-il.
Lors de l’audience qui s’est tenue le 21 janvier, la défense a axé sa plaidoirie sur le non-respect des délais légaux, les faits étant bien trop anciens pour justifier une procédure de flagrance. « Plus surprenant encore, les véritables auteurs de divulgation des images ne sont nullement inquiétés, tandis que le ministère Public a choisi de poursuivre la victime », déplore Maître Maguisset, avant de marteler qu’« humainement et juridiquement, cette situation est inadmissible ». Le tribunal a finalement suivi cet argumentaire, constatant que la procédure était entachée d’irrégularités majeures.
Triomphe du droit sur la morale
Le délibéré vidé ce 28 janvier a été sans appel : s’appuyant sur les articles 284 et 285 du code de procédure pénale, le président a ordonné la nullité de la procédure et la mainlevée du mandat de dépôt. Pour Maître Maguisset, cette décision est une victoire pour l’impartialité. « Nous saluons la levée du mandat de dépôt : le tribunal a statué en droit, sans se laisser guider par des considérations liées à l’orientation sexuelle de notre client », se félicite-t-il.
L’avocat conclut sur une note d’espoir en soutenant que « c’est cette justice, humaine et impartiale que nous chérissons ». Désormais libre, Minther Ngarba Ognarigui quitte la prison, laissant derrière lui une affaire qui aura suscité un vif débat sur la protection des victimes de cybercriminalité au Gabon.