À la clôture de son émission économique sur la chaîne Gabon 24, la journaliste Modeste Okome a délaissé ses fiches techniques pour une adresse frontale et authentique au président de la République. Dans une sortie aux accents de rupture, elle a interpellé Brice Clotaire Oligui Nguema sur l’urgence sociale qui persiste, un an après son élection, exigeant que les promesses de la nouvelle ère se traduisent enfin dans l’assiette et le quotidien des Gabonais.
« Permettez-moi le temps de cette chronique d’oublier les règles de déontologie », a déclaré la journaliste dès l’entame de son propos, assumant de mettre de côté sa profession pour parler en tant que « fille gabonaise, fière de ses ancêtres ». Pour elle, le temps des célébrations est révolu car le pays reste « fatigué de voir ses enseignants mendier, ses hôpitaux pleurer, ses artistes quémander, ses rues se décomposer et ses rêves s’éroder ».
Le constat dressé sur les infrastructures et les services publics, malgré les chantiers entamés, demeure d’une sévérité absolue. « Le Gabon a besoin de routes, de vraies routes, pas de pistes maquillées pour les caméras », a-t-elle martelé, avant de s’attaquer aux failles persistantes du système de santé. Elle a évoqué avec gravité ces drames où « les femmes ne meurent pas en donnant la vie parce que la sage-femme est partie chercher de l’eau ou parce que la coupure d’électricité aura surpris tout le monde ». Sur le terrain de la justice, son ton s’est fait acerbe, réclamant une institution qui ne soit pas « une justice des puissants, pas une justice qui s’acharne sur les faibles et s’agenouille devant les riches ».
Spécialiste des questions économiques, Modeste Okome a particulièrement insisté sur la nécessité d’une rupture avec les pratiques du passé. Elle a appelé à la fin des « contrats fictifs ou des recrutements au faciès tribal », plaidant pour « une économie productive, diversifiée, pas un État omnivore qui distribue ce qu’il n’a plus produit depuis bien longtemps ». La journaliste a exhorté le chef de l’État à ne pas oublier « ces malades qui meurent dans les couloirs d’hôpitaux déserts pendant que les élites se font soigner à l’étranger pour une grippe », rappelant le fossé qui sépare encore les discours budgétaires de la réalité des entrepreneurs et des mères de famille.
En s’inscrivant dans la perspective de la nouvelle République, elle a prévenu que le changement ne devait pas rester symbolique. « La Ve République ne peut pas être un simple numéro, elle doit être une nouvelle respiration », a-t-elle insisté, rappelant que le peuple, entre colère et espoir, attend désormais de la cohérence plutôt que des prodiges. « Ce peuple vous regarde, il ne demande pas de miracles, juste de la cohérence, du courage, une fidélité à la promesse ou à la promesse de changement », a-t-elle conclu, signifiant au pouvoir que le pays, après avoir tout donné, attend désormais tout de son président.

