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mercredi, 4 février 2026
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    Syndicats de l’Education au Gabon : le temps de la remise en question

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    La « mutinerie » est déclarée. Au Gabon, les enseignants ne font plus confiance à leurs syndicats historiques. Face à des organisations qu’ils jugent apathiques, compromises ou déconnectées, la base enseignante s’organise en collectifs illégaux, mais efficaces. Pour Darius Enguengh Mintsa, Conseiller stratégique au Syndicat nationale de l’Education (SENA), cette défiance est le symptôme d’une crise profonde du militantisme : la vieille garde syndicale doit-elle craindre d’être supplantée par la rage légitime de la base ?

    Aujourd’hui, une crise de confiance historique secoue le syndicalisme enseignant gabonais. Les syndicats du secteur de l’éducation, nés des cendres de la Conférence nationale de 1990, portent le sceau d’une histoire militante jalonnée de victoires sociales incontestables. Augmentation du SMIG, rehaussement de la prime de logement, institution des vacations d’examens nationaux… leur tableau de chasse atteste d’une capacité passée à infléchir la politique sociale en faveur du corps enseignant. Ils ont été, pendant des décennies, le rempart et le porte-voix d’une profession essentielle à l’édification de la nation.

    Cependant, le présent semble jeter une ombre longue sur ce passé glorieux. Le contexte socio-économique et politique gabonais a profondément évolué. Si les acquis sont réels, les défis actuels (régularisations administratives et financières en souffrance, amélioration des conditions de travail, accès aux carrières) exigent une réactivité et une intégrité sans faille. Or, la critique se fait de plus en plus acerbe : apathie, compromission de certains leaders, et une impression générale de déconnexion avec la base.

    La montée en puissance des collectifs : un désaveu cinglant

    Ce fossé se matérialise de manière spectaculaire : la multiplication des collectifs d’enseignants par établissement. Ces structures ad hoc, bien qu’opérant en marge de la légalité syndicale (sans personnalité juridique), représentent un désaveu cinglant pour les organisations historiques. Leurs cahiers de charges transmis directement aux directions d’écoles, souvent sous la menace d’un préavis de grève, sont un signal fort : face à l’inaction perçue des syndicats traditionnels, les enseignants ont choisi la prise en charge directe de leurs revendications.

    Face à cette « mutinerie » de la base, la réaction des structures syndicales historiques est révélatrice d’un malaise profond. Elles semblent se cantonner à souligner le caractère illégal des collectifs, une posture qui, si elle est juridiquement fondée, est politiquement stérile et moralement discutable. S’accrocher à la seule légalité, c’est ignorer l’urgence qui a poussé les enseignants à cette action extra-syndicale.

    Le temps n’est plus à la défense d’un monopole statutaire, mais à l’autocritique sans concession. La question n’est pas de savoir si ces collectifs sont légaux, mais plutôt : « Qu’est-ce qui n’a pas marché ou ne marche plus pour que nos mandants se sentent obligés de nous contourner ? »

    L’usure et la compromission : le militantisme s’est-il mué en carrière ? L’éloignement de la base a-t-il favorisé l’alignement avec le pouvoir, ou une insensibilité face aux retards administratifs et financiers accumulés, nourrissant l’idée d’une compromission ?

    La pertinence des revendications : les syndicats sont-ils toujours en phase avec les besoins prioritaires des jeunes enseignants et des établissements démunis, ou se sont-ils focalisés sur des combats d’arrière-garde ?

    Le renouvellement bloqué : la démocratie interne est-elle garantie ? Le renouvellement du leadership est-il effectif, ou des mandats trop longs ont-ils étouffé l’émergence de voix nouvelles et combatives ?

    Reconstruire la légitimité : le nouveau combat

    Le syndicalisme du secteur de l’éducation est à un tournant décisif. S’il ne se remet pas en question en profondeur, il risque d’être marginalisé et de laisser la place à une myriade de mouvements spontanés. La refondation exige de reconstruire la proximité, d’afficher l’intégrité face au pouvoir, et de réformer les structures pour garantir la transparence et le renouvellement des cadres.

    Pour ces syndicats, il ne s’agit plus de brandir la légalité. Le seul combat qui vaille est celui de la reconquête de la légitimité par la capacité réelle à défendre efficacement et sans réserve la cause enseignante. Le temps de la suffisance est terminé ; celui de la refondation a sonné.

    Darius Enguengh Mintsa

    -Conseiller stratégique du Secrétaire général du SENA

    -Ancien Secrétaire provincial du SENA dans l’Ogooue-Maritime

    NB : Les intertitres sont de la Rédaction

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