A l’Ecole d’Administration des Forces de Défense de Libreville, l’heure n’est ni aux manœuvres de terrain ni aux parades de prestige. Loin du fracas des armes, 22 officiers planchent cette semaine sur un sujet autrement plus complexe et, jusqu’ici, largement négligé : la gestion des ressources humaines (RH).
Trois petites semaines. C’est le temps imparti à ces cadres, issus de tous les corps de défense et de sécurité, pour tenter de résorber un retard chronique. Car si le Gabon investit volontiers dans les équipements, le facteur humain reste le grand oublié des états-majors. Entre sous-effectifs chroniques, mobilités subies et pressions opérationnelles mal compensées, la gestion des hommes est devenue, au fil des ans, le véritable talon d’Achille de nos forces.
L’ambition affichée est de passer d’une « bureaucratie de caserne », froide et automatique, à une gestion moderne du « capital humain ». Un virage sémantique qui sonne bien, mais qui se heurte à une culture militaire où le grade l’emporte souvent sur la compétence, et l’obéissance aveugle sur la motivation réelle.
Valoriser les hommes ou gérer la pénurie ?
« La richesse d’une organisation ne se mesure pas à ses moyens, mais à la valeur de ses femmes et de ses hommes », a martelé l’un des formateurs. Une vérité de La Police qui, dans le contexte actuel, ressemble surtout à un avertissement. Sans une valorisation réelle des carrières et une équité dans les promotions, les réformes structurelles ne resteront que de la littérature pour manuels de cours.
Le défi est immense : comment concilier l’exigence de fer de la hiérarchie avec les aspirations de nouvelles générations de soldats qui attendent plus qu’une simple solde ?
L’épreuve du terrain
Au-delà de l’exercice académique et des photos de groupe, cette formation pose une question de fond : ces enseignements vont-ils réellement irriguer les unités ou finiront-ils enterrés sous une pile de rapports administratifs ? La modernisation d’une armée ne se décrète pas dans une salle climatisée de Libreville. Elle se construit à hauteur d’homme, dans le respect des droits et de la dignité de ceux qui sont envoyés au front.
Si cette session ne sert qu’à produire des administrateurs plus habiles à manipuler des tableaux Excel qu’à écouter la détresse des rangs, alors ce « tournant stratégique » n’aura été qu’un énième coup d’épée dans l’eau.


